Puisqu’on ne peut pas, en ce moment, aller voir d’expo, le mieux à faire est de dresser une liste des expos à voir sitôt le confinement terminé. 

Celle-ci est à Nice (jusqu’au 28 mars 2021), au MAMAC (Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain), qui fête ses 30 ans avec un titre qui décoiffe : “She-Bam Pow Pop Wizz ! Les amazones du pop”. 

Au début des années 1960, des héroïnes de papier sortent des cases pour explorer un monde interdit. Elles ont pour noms Barbarella, Jodelle, Pravda la Survireuse… Elles sont libres, puissantes et sensuelles telles des amazones. Nées d’une culture adolescente, elles incarnent un nouvel idéal qui impulsera une révolution des mœurs sans précédent.

À côté de ces représentations de papier, d’autres héroïnes, bien réelles, participent à l’invention d’un langage artistique nouveau – sans doute le plus populaire de la seconde moitié du XXème siècle : le POP. Leurs œuvres, à l’image des bandes dessinées, regorgent de couleurs arc-en-ciel et vibrantes. Par des voies plurielles, elles envisagent un monde autre, aux formes rêvées et parient sur la construction d’un monde meilleur plutôt que sur une amnésie artificielle des heures sombres du passé. Jusqu’à 1973, le futur progressiste semble réalisable (émancipation sexuelle, droits sociaux, pacifisme, imaginaires extra-terrestres, etc.), et leurs œuvres le clament : Love is all we need ! Pour autant, les artistes sont lucides quant aux obstacles qui jonchent cette bulle temporelle de 1961 à 1973, notamment avec les guerres impérialistes, les polarités géopolitiques, la course effrénée à la consommation, etc. Dans ce sens, le Pop des amazones devient complexe, grinçant…et teinté d’un humour rageur.

She-Bam Pow POP Wizz !, retrace pour la première fois à cette échelle, l’histoire ouverte d’une génération de femmes européennes et nord-américaines qui ont contribué avec audace et flamboyance, à une autre facette, plus méconnue, du Pop international. Pour les 30 ans du MAMAC, l’exposition met en valeur un axe majeur de sa collection – le face à face entre le Nouveau-réalisme et le pop art – et une de ses figures charismatiques : la franco-américaine Niki de Saint Phalle. Dans son sillage, c’est la contribution essentielle des femmes à l’histoire du pop qui est ici déployé.

La photographie, un média parmi d’autres

Pour ce mouvement artistique, la photographie est un moyen parmi d’autres. La plupart des œuvres sont composites, des collages de divers médias, dont de nombreux détournements d’éléments de la culture populaire (publicités, magazines…). Voici quelques-unes des œuvres présentées au MOMAC

Parmi les artistes exposées, une femme hors du commun, américaine, religieuse, militante, enseignante et sérigraphe, à laquelle j’ai consacré ma chronique du numéro 296 de Réponses Photo (novembre 2016), Sister Corita Kent. Outre son travail de sérigraphe, ce qui m’a interpelé est une liste de 10 règles conçues pour les artistes.

Les 10 commandements de Sœur Corita

Les hasards de la lecture font que je suis récemment tombé plusieurs fois sur une référence à une liste de recommandations destinées aux étudiants en art, rédigée par le compositeur John Cage et affichée dans les couloirs de l’école de danse de Merce Cunningham, sa compagne. Cette liste est en fait adaptée de celle de Sœur Corita Kent, une religieuse artiste et pédagogue, activiste, un personnage hors norme. Née en 1918, elle entre dans les ordres à 18 ans, et enseigne l’art tout pratiquant la sérigraphie. Elle passe rapidement de thèmes religieux à la culture pop, se basant sur les images et slogans publicitaires, les paroles de chansons populaires, les slogans politiques. Elle quittera les ordres à 50 ans pour continuer sans contrainte son œuvre, et décèdera d’un cancer en 1986. Outre ses sérigraphies qui ont marqué une époque (vous pouvez les découvrir sur corita.org), Corita laisse donc cette liste en 10 points, 10 règles à suivre par les artistes en herbe. Pertinente autant pour les arts plastiques, que la danse ou la photographie.

Règle 1 : Trouvez un lieu qui vous inspire confiance, et essayez de lui faire confiance pendant un moment.

Règle 2 : Mission de l’étudiant — tirez le maximum de votre enseignant ; tirez le maximum de vos collègues étudiants.

Règle 3 : Mission de l’enseignant — tirez le maximum de vos étudiants.

Règle 4 : Voyez tout comme une expérience.

Règle 5 : Soyez auto-discipliné. Cela signifie trouver quelqu’un de sage ou d’intelligent et choisir de le suivre. Etre discipliné veut dire bien le suivre. Etre auto-discipliné veut dire mieux le suivre.

Règle 6 : L’erreur n’existe pas. Il n’y a ni victoire, ni défaite, seul faire compte.

Règle 7 : La seule règle est le travail. Si vous travaillez, vous arriverez à quelque chose. Ce sont les personnes qui font tout le travail tout le temps qui inévitablement saisiront les choses.

Règle 8 : N’essayez pas de créer et d’analyser en même temps. Ce sont deux processus différents.

Règle 9 : Soyez heureux autant que vous le pouvez. Faites-vous plaisir. C’est plus facile que vous ne le pensez.

Règle 10 : “Nous brisons toutes les règles. Même nos propres règles. Et comment y parvenons-nous ? En laissant plein d’espace pour X quantités.” John Cage

Trucs utiles :

Soyez toujours dans le coin.
Allez ou venez à toutes les occasions.
Assistez à tous les cours.
Lisez tout ce que vous trouvez.
Regardez des films attentivement, souvent.
Conservez tout — cela peut servir plus tard.

Ces règles ont été établies par les étudiants eux-mêmes, lors de cours dirigés par Corita. Elles ont ensuite été caligraphiées, sérigraphiées, et ont largement circulé dans les écoles d’art, pour passer à la postérité avec leur publication dans Essential Whole Earth Catalog, bible de la contre-culture américaine. Si ces 10 commandements sont populaires, c’est qu’ils touchent juste et que leur portée est universelle. Résumons les grands ingrédients d’un terreau fertile à l’épanouissement artistique, au-delà de la formulation parfois alambiquée et pas évidente à bien traduire.

1. De la stabilité et de l’assiduité, autour d’un lieu, d’une institution (règle 1), d’une personne, d’un mentor (règle 5)

2. Du travail (règle 7)

3. De l’ouverture d’esprit, vers les autres (règles 2 et 3) et vers le monde (règle 4)

4. La création sans a priori (règles 6 et 8) et sans limite (règle 10)

5. Du plaisir (règle 9)

Beau programme, non ?

COPYRIGHTS

Évelyne Axell | Ice Cream 1, 1964
Namur (Belgique), 1935 / Zwijnaarde (Belgique), 1972
Huile sur toile 80 x 70 cm
Collection privée Courtesy Bounameaux Art Expertise, Bruxelles © ADAGP, Paris 2020

Évelyne Axell | Érotomobile, 1966
Namur (Belgique), 1935 / Zwijnaarde (Belgique), 1972
 Photo Mixed Media  150 x 150 cm
En dépôt au Musée d’Ixelles, Belgique Collection Philippe Axell © ADAGP, Paris 2020

Dorothy Iannone | The Next Great Moment In History Is Ours, 1970
Boston, Massachusetts (États-Unis), 1933
 Sérigraphie sur papier, cadre bois et plexiglas.
Publié par Galerie Wilbrand, Cologne  Cadre 73 x 102 cm Édition de 100 Courtesy de l’artiste et Air de Paris, Paris © Photographe : Jochen Littkemann

Kay Kurt | In Vogue, 1967
Dubuque, Iowa (États-Unis), 1944
 Huile sur toile  121,9 x 121,9 cm
Copyright Kay Kurt Courtesy de l’artiste  et d’Albertz Benda, New York

Martha Rosler | Isn’t it Nice or Baby Dolls, from the series Body Beautiful, or Beauty Knows No Pain, ca.1967-1972 
Brooklyn, New York (États-Unis), 1943
Photomontage 61 x 51 cm
Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nagel Draxler, Berlin/Cologne

Kay Kurt | Triptych, 1967
Dubuque, Iowa (États-Unis), 1944
Huile sur toile de lin  243,8 x 243,8 cm
Copyright Kay Kurt Courtesy de l’artiste et d’Albertz Benda, New York

Christa Dichgans | Stillleben mit Frosch [Nature morte à la grenouille], 1969
Berlin (Allemagne), 1940–2018
Aquatec sur toile 55 x 65 cm
Collection Esra et John Hartung, Berlin Courtesy Galerie Contemporary Fine Arts, Berlin/The Estate of Christa Dichgans © Photographe : Jochen Littkemann

Rosalyn Drexler | The Dream, 1963
Bronx, New York (États-Unis), 1926
Acrylique et collage papier sur toile 101,6 x 76,2 cm
Courtesy de l’artiste et de la Garth Greenan Gallery, New York © ADAGP, Paris 2020

Sister Corita Kent | E Eye Love, 1968
Fort Dodge, Iowa (États-Unis), 1918/ Boston, massachusettes (États-Unis), 1986
Estampe originale Sérigraphie sur papier 57,8 × 57,8 cm, 66,4 × 66,4 cm (avec cadre)
Collection 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine Photographe : Rémi Villaggi. © C. Kent

Lucia Marcucci | Whop!, 1970
Florence (Italie), 1933
Technique mixte et collage sur carton 50 x 35 cm
Courtesy de l’artiste et de Frittelli arte contemporanea, Florence © ADAGP, Paris 2020

Marion Baruch | Ron-Ron, 1972
(Roumanie, 1929)
 Ultramobile, Production Gavina (Simon) / Page de livret imprimé en couleurs 21 x 15 cm
Courtesy Galerie Anne-Sarah Bénichou, Paris 

Martha Rosler | Cosmic Kitchen II  From the series: House Beautiful: The Colonies, 1966 – 1972
Brooklyn, New York (États-Unis), 1943
C-Print 40,64 x 50,80 cm
Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nagel Draxler, Berlin/Cologne

Niki de Saint Phalle
Remember, 1969
Sérigraphie 49 × 61 cm
Donation de l’artiste en 2001 © Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris Crédit photo : François Fernandez

Marjorie Strider | Girl With Open Mouth, 1963
Acrylique sur isorel et relief en bois 152,4 × 152,4 × 15,2 cm
Collection Michael Chutko. Photo : Michael Chutko

Tous droits réservés

Kiki Kogelnik
Bleiburg (Autriche), 1935
Vienne (Autriche), 1997

Female Robot, 1964
Huile et acrylique sur toile
122,6 x 183,4 cm
Centre Pompidou, Paris – Musée national d’art moderne/centre de création industrielle
Copyright (1964) Fondation Kiki Kogelnik. Tous droits réservés.

Martha Rosler
Brooklyn, New York (États-Unis), 1943

Cleaning the Drapes,
from the series « House Beautiful:
Bringing the War Home », ca. 1967-1972
Photomontage
51 x 61 cm
Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nagel Draxler, Berlin/Cologne
Tous droits réservés

Lucia Marcucci
Florence (Italie), 1933

Crea un’atmosfera, 1965
Collage sur carton
32,5 x 42,3 cm
Courtesy de l’artiste et de Frittelli arte contemporanea, Florence
© ADAGP, Paris 2020
Photographe : Claudia Cataldi, The Factory Prd

Evelyne Axell
Namur (Belgique), 1935
Zwijnaarde (Belgique), 1972

Le joli mois de mai, 1970
Triptyque, peinture sur plexiglas
245,5 x 344,5 x 4,5 cm
Mu.ZEE Ostend
© ADAGP, Paris 2020. Tous droits réservés