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(il y a un jeu de mots)

L’affaire Adobe CC : le point sur l’avenir de Photoshop et de Lightroom

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Cette drôle de boule de cristal est le nouveau logo de Photoshop. Excellente illustration de l’avenir perturbé qui se dessine pour Photoshop.

Je ne reviens pas sur les informations de base du lancement de Creative Cloud exposées dans un article précédent, mais il est intéressant d’apporter quelques précisions ou confirmations complémentaires.

Photoshop CS6 est toujours disponible en téléchargement classique, pour un achat complet ou une mise à jour à partir de CS5. Il faut vraiment aller fouiller dans les tréfonds du site d’Adobe, et en fait je n’ai trouvé aucun lien sur le site d’Adobe qui mène sur cette page ! Pour y arriver, il faut l’adresse directe de la page ( http://www.adobe.com/fr/products/catalog/cs6._sl_id-contentfilter_sl_catalog_sl_software_sl_creativesuite6.html?start=10 ). Un peu comme quand on se refilait les adresses de tripots clandestins sous la prohibition.

Photoshop CS6 continuera d’être proposé à la vente « pour toujours ». En fait, le terme anglais consacré est « for the foreseable future » qu’on traduit en général par « dans l’avenir prévisible » (et que les pessimistes traduiront par « un certain temps »). Ce sera le cas également de quelques autres logiciels CS6 dont Illustrator et Dreamweaver.

Photoshop CS6 sera mis à jour a minima. Aucune nouvelle fonctionnalité ne sera ajoutée à CS6, mais la compatibilité des nouveaux boitiers sera assurée, ainsi que la mise à jour de Camera Raw. Mais par exemple pas les nouvelles fonctions d’accentuation que l’on trouvera dans Photoshop CC, ni la possibilité d’utiliser les réglages Camera Raw comme un calque de réglage. CS6 sera compatible avec les prochaines versions de Windows et Mac OS (et quid des suivantes ?!).

Lightroom continuera d’être proposé à la vente « pour toujours ». Même si Lightroom sera proposé aux abonnés du Creative Cloud dans le pack des logiciels disponibles, il sera toujours un produit séparé. Les abonnés à Photoshop CC seulement (par opposition aux abonnés de l’ensemble du pack CC) n’y auront pas accès.

La version Lightroom du Cloud sera identique à la version classique (et vice-versa !).

Les fichiers créés avec la version Photoshop CC pourront (« probablement ») être lus par PS CS6. Attention : bien lire « lus » et pas « ouverts ». Lus signifie, tel que je le comprends / devine, qu’on pourra les ouvrir avec les calques mais sans que les calques traités avec des fonctions spécifiques à CC soient modifiables. On peut imaginer qu’un calque modifié CC soit rendu comme un calque « aplati », tout en préservant la structure des calques de CC dans CS6. Mais là j’imagine.

Les versions achetées en Europe sont beaucoup plus chères que les versions en dollars. Le taux de change chez Adobe c’est $ 1 = 1 €. Chez votre banquier c’est $ 1 = 0,77 €. Prenez les prix américains, changez $ en €, et ajoutez la TVA d’Irlande de 23% pour avoir le prix final — car c’est en Irlande qu’Adobe ira payer la TVA de votre logiciel français. A la question « pourquoi », la réponse n’est jamais donnée. Je suis donc heureux de vous révéler un scoop car j’ai enfin une réponse (officieuse) : « c’est comme ça ».

Il n’y a pas besoin d’être connecté à Internet pour utiliser CC. Les logiciels que vous choisissez de télécharger résident sur votre machine. Il suffit de se connecter une fois par trimestre pour les abonnés annuels (ou une fois par mois pour les abonnés mensuels) afin que la validité soit étendue pour les 3 mois suivants.

Les mises à jour des logiciels CC sont optionnelles. Et on pourra revenir en arrière à une version précédente si on constate par exemple qu’une nouvelle version ne fonctionne pas bien avec son ordinateur. Malgré tout, les conditions d’utilisation spécifient qu’Adobe peut installer des trucs sur votre ordi sans vous demander votre avis.

Adobe est quand même surpris par les réactions négatives des photographes. C’est une opinion personnelle, mais je pense qu’ils s’attendaient à des réactions négatives, mais sans doute pas de l’ampleur et de la violence qu’on observe. Le terme de « shitstorm » revient souvent (« storm » = orage). La ligne de défense actuelle repose sur la montée au front de tous les « évangélistes » de la marque pour répondre point par point (autant que faire se peut) dans les divers sites et forums. La ligne actuelle est d’affirmer que la majorité des commentaires reposent sur des erreurs et incompréhensions de ce qu’est CC et qu’il s’agit en général de résistance naturelle au changement. Ce qui est sans doute proche de la vérité. Mais si on dit que 60% des critiques sont infondées (par exemple « je ne peux plus utiliser photoshop si je suis en voyage car je n’ai plus de connexion internet »), reste 40% de récriminations légitimes. Multiplié par le volume des contributions, ça fait beaucoup. Et, auprès de ce public de photographes, l’image d’Adobe bascule brutalement d’un compagnon de route à une froide institution aux intentions diaboliques.

Y a-t-il de l’espoir pour qu’Adobe révise sa position ? Opinion personnelle là encore : oui, un tout petit espoir… Le discours semi-officiel est du style « Adobe a une relation privilégiée, historique, affective, avec les photographes, et nous sommes à l’écoute de leurs réactions, et nous analysons les arguments. » Néanmoins, il n’y aura pas de retour en arrière spectaculaire. La stratégie Cloud est mûrement réfléchie et assez bien adaptée aux entreprises, clients les plus juteux pour Adobe, et aux flux de travail collaboratifs qui ne feront que s’amplifier dans les années qui viennent. Je travaille en ce moment sur une collection de livres avec d’autres personnes (graphiste, auteurs, éditeur, service de fabrication) et il est clair que le dispositif imaginé par Adobe est plus performant que les envois de fichiers croisés que nous pratiquons faute de mieux, et les problèmes de compatibilité de versions (CS6 sur un projet, CS5 sur l’autre). Même chose par exemple avec Réponses Photo pour moi qui ne suis pas physiquement à la rédaction. Mais Photoshop est un cas à part car c’est à la fois un outil photographique mixte pro/grand public au même titre que Lightroom et un outil utilisé par de nombreuses professions au-delà de la photographie. Lightroom est à la fois disponible en « licence perpétuelle » et dans l’abonnement CC. Photoshop CS6 existe en version classique (plutôt pour photographes) et en version extended (plutôt pour un usage graphique), c’est bien la preuve qu’Adobe est conscient de cette dichotomie. Si Adobe le veut vraiment, il ne devrait pas être difficile d’imaginer une solution adaptée à ce public de photographes.

A suivre donc… Si vous ne voulez pas en rater une miette, je vous recommande la lecture du fil d’actualité que Patrick Moll a mis en place sur alpha-numerique.fr.

P.S. Les concurrents se frottent les mains, bien entendu. Corel est le premier à dégainer en affichant « bienvenue aux utilisateurs de CS » et accordant le prix de mise à jour pour les utilisateurs enregistrés d’un produit Adobe Creative Suite…

4 Comments

  1. Sur http://t.co/rMZRd4KiBS : L’affaire Adobe CC : le point sur l’avenir de Photoshop et de Lightroom http://t.co/QR7goaQiXB

  2. Pourquoi la tva en Irlande ? Mais parce qu’il n’y a pas que la TVa dans la vie : il y aussi l’impôt sur les revenus !

    Quelque chose me dit que localiser la vente en Irlande permet de soumettre son bénéfice fiscal à un taux caractéristique du dumping fiscal. Comme « Amazon.fr » le fait, en localisant ses ventes au Grand-Duché du Luxembourg (un paradis fiscal aussi peu sympathique que les autres..).
    Nous vivons une époque formidable.

    En tout cas merci pour vos synthèses toujours claires et sans langue de bois.

  3. ça continue : http://t.co/oJKenoRqHu

  4. Avec votre article c’est bien moins flou sur ce sujet que sur les autres sites, c’est clair,ce qui n’est pas le cas d’Adobe.merci.

Trackbacks/Pingbacks

  1. Adobe & Photoshop : « Je vous ai compris ! » - [...] qui fâchent, on pourrait aussi parler des tarifs. J’avais donc raison de garder une petite lueur d’espoir. Reste à…

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